Son Bordeaux du Tac au Tac par Agathe CORRE

Agathe Corre est Guide conférencier Ville et Pays d´Art et d´Histoire. Généreuse de son érudition, Agathe vit mal l’ubérisation d’un métier exigeant. En effet, de faux guides autoproclamés de Bordeaux cassent le marché. La ville et l’office de tourisme tardent à réagir. Agathe est en colère. Aujourd’hui, elle nous livre sa vision de Bordeaux par le biais de notre questionnaire du Tac au Tac.

 

  1. Ce que j’aime montrer de Bordeaux ?

J’aime montrer sa beauté et son élégance, sa douceur de vivre et son intelligence.

 

  1. Ce que j’aimerais cacher ?

Son côté m’as-tu vu. Et encore ! dans mes visites, je m’en amuse beaucoup et cela plait aux visiteurs !

 

  1. Le dernier endroit qui m’ait bluffé, surpris ?

Toutes les animations autour du thème Liberté, en particulier l’exposition dans l’ancien temple protestant du quartier des Chartrons

 

  1. Un truc bordelais que je suis la seule à aimer ou à détester ?

A aimer : les sentes du quartier des Bassins à flot. A détester : la MECA, je trouve ça pompeux et ringard. Mais il n’y a que moi !!!l

 

  1. Un grand classique de Bordeaux que je n’aime pas ?

La lamproie à la bordelaise. Quand j’étais toute petite j’ai vu ma grand-mère les préparer et les saigner, ça m’a dégoutée.

 

  1. Les lieux moteurs de mon intégration à la ville ?

Le Vieux Bordeaux dont sont issus mes ancêtres bordelais, le quartier de St Augustin parce que quand je suis venue m’installer à Bordeaux, mes cousins m’y ont délicieusement accueillie. Le Grand Théâtre parce que j’adore y être abonnée et le faire visiter. La place Pey Berland parce que quand j’y passe en vélo tôt le matin en allant retrouver des groupes, je m’y sens chez moi. Et enfin, la courbe de la Garonne vue depuis le quai au niveau de la Bourse maritime et du début du quartier des Chartrons.

 

  1. Un bordelais qui m’énerve ?

J’ai le droit de donner des noms de Bordelais qui m’énervent ? Aucun, sauf moi-même parfois.

 

  1. L’endroit où l’on est sûr de ne pas me trouver ?

Dans les galeries marchandes sauf dans les Galeries bordelaises ou le passage Sarget.

 

  1. L’endroit où l’on est sûr de me trouver ?

Dans les rues de Bordeaux, de la plus fréquentée à la plus secrète.

 

  1. Suis-je transversale dans ma pratique de la ville ?

Totalement : je vais aussi bien à l’opéra que dans les quartiers modernes de la ville que beaucoup détestent comme Ginko ou les Bassins à flot. J’emmène mes enfants au bowling à Mériadeck ou au laser game rue de la Faïencerie. J’adore me promener dans les rues sales et négligées de St Michel, je vais aux Capucins très souvent, faire les antiquaires ou boire un verre aux Chartrons, me promener dans le futur quartier Euratlantique, voir régulièrement les différents bâtiments qui se construisent dans Bacalan. Et comme guide, je fais visiter tout Bordeaux : aussi bien la Bastide que le vieux Bordeaux, St Michel que les Chartrons…

 

  1. L’endroit où j’avoue ne jamais être allée, que j’assume

Floirac

 

  1. Si j’ai envie d’avoir la paix je vais où ?

Sur le bat cub vers Lormont

 

  1. Celui ou celle dont j’aimerais avoir le carnet d’adresse ?

Stéphanie Beraud Sudrau, elle m’épate, elle connaît tout le monde à Bordeaux et tout le monde l’adore ! Il y a aussi Xavier Rosan, le patron de la maison d’édition du Festin.

 

  1. Bordeaux a-t-elle un complexe ? si oui de quoi ?

Je crois que Bordeaux a un complexe oui vis à vis de Paris. Bordeaux s’est toujours vue comme une capitale. Elle l’a été concrètement trois fois (1870, 1914, 1940) et pendant la Révolution, elle s’est crue la seule capable de transformer la France mais les Girondins y ont perdu leur tête. Lorsque Montaigne est maire de Bordeaux, sa personnalité et son engagement politique font de Bordeaux une ville incontournable dans cette période troublée de guerres de religions.

 

  1. Le(a) bordelais(e) important(e) des 10 prochaines années c’est qui ?

C’est bien le problème…

 

  1. L’endroit où je ne vais jamais mais dont j’ai besoin de savoir qu’il existe ?

La Rock School Barbey.

 

  1. Bordeaux ville d’accueil, de bienveillance envers les nouveaux arrivants ?

Il est loin le temps où Bordeaux était considérée comme une ville bourgeoise, étroite d’esprit et fermée à tout étranger aux grandes familles de la noblesse de bouchon comme dit Mauriac. En dehors de cela, je pense aussi bien sûr aux « migrants » qui arrivent dans notre ville. J’ose espérer que la Ville organise leur accueil. J’ai téléphoné plusieurs fois au Samu social parce que j’ai vu des familles avec des bébés dans les bras dormir dans la rue !

 

  1. Un lieu bordelais très néo bordelais friendly ?

Mme Pang ?

 

  1. Avez-vous déjà invité un néo bordelais ?

Beaucoup de mes amis sont ou ont été néo-bordelais. Celle qui est devenue une de mes meilleures amies venait juste d’arriver à Bordeaux lorsque je l’ai rencontrée au square à côté de chez moi un jour brûlant du mois d’août où nous « occupions » nos enfants respectifs. Je l’ai invitée à dîner le soir même.

 

  1. Votre commune de la Métropole préférée ?

Cenon parce que c’est là que ma famille « partait en vacances » autrefois. Il y avait la grande maison familiale de mon père qui a été vendue,  il m’a tellement emmenée devant cette maison

 

  1. Ce qui ne doit pas changer ?

Son équilibre, son humanisme,  sa douceur de vivre.

 

  1. Un juron bordelais qui vous parle ?

Je ne connais pas de jurons bordelais… ça existe ? J’adore dire : quel bourrier ici !!!

 

  1. Une chose à dire, à demander au maire de Bordeaux ?

Y a-t-il quelqu’un qui gère vraiment les travaux de la ville ? Ma rue est en travaux depuis 2 ans et demi et on nous annonce encore 2 ans de travaux…

Ou pourquoi laissez-vous proliférer les free tours qui nous volent notre travail de guide ?

 

  1. Le marché du travail à Bordeaux en trois mots clés ?

Limité, tertiaire, digital

 

  1. A quoi reconnait-on un néo bordelais ?

A ce qu’il considère Bordeaux comme une ville bourgeoise et fermée.

 

  1. Le plus beau projet pour la ville ?

Mieux la relier avec son entourage…

 

  1. Votre « événement » bordelais préféré ?

La fête du vin

 

  1. Votre asso, club d’influence préféré ?

L’agica, l’association des guides conférenciers d’Aquitaine à laquelle j’appartiens !!!

 

  1. Une ville de France ou du monde qui ressemble à Bordeaux, ce serait ?

Montpellier, Aix en Provence. Une ville du monde : Rome.

 

  1. Les quartiers ou villes de demain ?

Euratlantique, Bacalan et Brazza

 

  1. Mon entreprise bordelaise favorite

Darricau.

 

  1. Mon chef d’entreprise bordelais préféré ?

Xavier Rosan, le patron de la revue et maison d’édition Le Festin. Il est impressionnant : il a commencé avec des copains dans sa chambre d’étudiant et aujourd’hui, il a une maison d’édition extrêmement dynamique

 

  1. Le blog, site, l’appli bordelaise dont je ne peux pas me passer ?

La future application des guides de la région… Elle n’existe pas encore mais ça va venir. Il y a déjà le site Bordeaux tourisme et Congrès et Un air de Bordeaux-Le webzine des loisirs de la métropole.

 

  1. L’endroit le plus photogénique de la métropole ?

Il y a plusieurs endroits les plus photogéniques de la métropole : au niveau de la gare d’Orléans côté rive droite, et le soir dans le restaurant L’Estacade. En haut de la flèche St Michel, sur le toit du parking V. Hugo. Depuis le cimetière de Cenon ou bien depuis la terrasse du St James à Bouliac.

 

  1. La ligne de tram qui manque ?

Vers l’aéroport mais ça va se faire, ça a été voté !

 

  1. De quoi le bordelais ne parle-t-il jamais ?

Le Bordelais ne parle jamais ou presque de l’esclavage. La ville a fait beaucoup d’efforts ces derniers temps pour évoquer le commerce triangulaire que la ville a pratiqué autrefois mais dans les familles, jamais on n’évoque cela…

 

  1. Qu’est ce qui rassemble les bordelais ?

La beauté de leur ville. Ils en ont conscience depuis récemment. Avant ils s’accordaient sur sa noirceur…

 

  1. Qu’est-ce que j’ai fait pour Bordeaux ?

Je la fais visiter quasiment tous les jours de l’année à ceux qui viennent la découvrir. J’essaie de leur donner envie de revenir.

  1. Mon cœur est Bordeaux Nord ou Bordeaux Sud ?

Bordeaux sud parce que c’est là qu’a vécu ma famille pendant des décennies.

 

  1. A qui j’aimerais passer la main pour faire un tac au tac brillant et subtil?

Xavier Rosan le patron du Festin !

 

  1. La question à laquelle j’aurais aimé répondre ?

Mon coup de gueule: je suis très inquiète de la prolifération de ce qu’on appelle les free tours, auxquels s’ajoutent des gens qui croient que Bordeaux est tellement attractive au point de vue touristique qu’on peut proposer n’importe quoi aux visiteurs. Le métier de guide est totalement « ubérisé », l’Etat semble vouloir favoriser cette évolution et la mairie de Bordeaux ronronne dans un train touristique sans prendre la mesure du mouvement. J’ai passé des diplômes, je travaille dur à proposer de nouvelles façons de découvrir ma ville, je suis passionnée par cette transmission dont je me sens responsable et je vois au quotidien mon travail saboté par ces free tours qui ne respectent aucune règle, disent et font n’importe quoi, précarisant mon métier et le mettant en péril. Je ne me sens pas soutenue du tout, les responsables de la mise en valeur de la ville ne réfléchissent pas plus loin que la maxime : c’est parfait ! il y a plein de touristes à Bordeaux ! Il faut que les pouvoirs publics prennent conscience de ce nivellement par le bas. Il faut qu’ils s’engagent comme en Italie ou en Grèce.

 

 

Guillemette Bardinet
Share
This